Bio et grande distribution, on en parle
Grandes enseignes et bio

Bio et grande distribution, on en parle

Résumé

La bio et les enseignes de distribution se sont perdues au nom de la rentabilité. Cela nuit pleinement au mouvement.

Bio et grande distribution, le torchon brûle ?

En fait, beaucoup de Français achètent quotidiennement des produits biologiques, non seulement dans les magasins spécialisés, mais aussi dans les grandes surfaces. Les marques biologiques connaissent une croissance rapide du fait du développement des circuits courts et de l’intérêt croissant que suscite cette alimentation saine et sans additif. Mais quelles sont perspectives à court et moyen terme ?

D’abord, les ventes d’aliments biologiques ne cessent de croître depuis une dizaine d’années.  Selon plusieurs études, 15 % des nouveaux consommateurs se tournent vers les denrées bio.  Plusieurs raisons : l’envie de manger mieux, le souhait de ne pas polluer la planète, la recherche de proximité. Cette progression résulterait aussi de l’attention particulière sur cette alimentation durant le premier semestre 2020, poussant beaucoup d’entre nous à essayer les produits bio. Et oui, la crise sanitaire a exacerbé la demande.

La part du gâteau

Alors, fini l’image d’Epinal du bio local en vente directe. L’ensemble des enseignes de la grande distribution a bien compris que la demande du consommateur est plus exigeante. Tout d’abord, sur une information transparente, mais également sur un taux de pesticides faible. Manger mieux, tout simplement.

La mondialisation est-elle un bienfait pour l’alimentation biologique ? Est-ce que nous devons nous débarrasser des supermarchés ?
Les amateurs de produits biologiques doivent se faire entendre et sauver cette agriculture respectueuse du vivant. Bio ne doit pas rimer avec rentabilité, mais plutôt avec nécessité.

Ça ne date pas d’hier !

Tout d’abord, les principes fondamentaux de l’agriculture biologique sont les mêmes à travers le monde : préserver la nature et l’environnement, utiliser des fertilisants naturels, protéger les sols et réduire au maximum l’utilisation des pesticides.

Avec l’utilisation de principes environnementaux et éthiques, le produit bio est cultivé et fabriqué dans le respect de la nature, des animaux et des hommes. Le bio est une culture à l’environnement sain et durable, qui ne génère pas ou peu de déchets. Il n’y a pas d’intrants chimiques utilisés, contrairement au mode actuel d’agriculture intensive qui inclue les pesticides, les engrais et les fertilisants issus de produits chimiques de synthèse.

Bref, la distribution bio s’est développée dans le sillage de cette sensibilité écologique, avec un réseau d’enseignes historiques, porteuses de fortes valeurs, comme la préservation de l’environnement (du sol, de la biodiversité), l’attachement à la production saisonnière, le respect du droit du travail en vigueur, le développement d’une économie locale et unie favorisant les liens sociaux plutôt que le profit. En France, certains magasins biologiques sont devenus de grands groupes regroupant plusieurs magasins.

Où en sommes-nous ?

L’année dernière, les chiffres dévoilés par l’Agence Bio en juillet 2021 confirment la dynamique du secteur biologique, avec une hausse constante de la consommation et de la production depuis 2017. Sur la dernière année, le nombre d’emplois de la bio croit de plus de 12 %. Le marché de la bio place dorénavant la France devant nos voisins allemands en matière de consommation.

Bio et Grande Distribution = guerre des prix

Qu’arrive-t-il quand la Grande Distribution et la distribution spécialisée se livrent la guerre des prix ? Le groupe Carrefour, au-delà de ses rayons bio, a largement investi avec le rachat d’enseignes comme So.bio, Greenweez, et de Bio C’Bon.
Le groupe Casino, dans l’enseigne Naturalia et Intermarché plus récemment dans Comptoir de la bio.
Ce qui se passe vraiment, c’est que la GMS se fournit à grande échelle dans de grandes fermes étrangères, comme Almería – dans cette région du sud de l’Espagne. Des milliers d’immigrés travaillent dans des milliers de serres avec des salaires dérisoires. On ne change pas de méthode, les enseignes négocient les prix sur les volumes au mépris de ceux qui produisent. C’est bio, mais sur le fond, rien ne change.
Et qui dit surexploitation des sols, dit épuisement des terres comme pour le conventionnel. De là à dire que le bio, n’est pas la bonne solution…
En fonctionnant avec des centrales d’achat, on mise sur les volumes ce qui favorise la monoculture. Ainsi, les exploitations baissent leur diversification. Comme pour le lait, les producteurs sont captifs d’un marché qui place la marge avant la qualité de ses produits.
Et dans ce cas, Bio ne rime pas avec juste rémunération des producteurs.

Bio et grande distribution = perte de confiance

Et qui détient les leviers marketing et de communication ? La GMS !
Les ventes bio représentent 55 % pour les enseignes, 28 % pour les magasins spécialisés bio et seulement 11 % pour la vente directe.
Les grandes enseignes ont mangé les petits magasins indépendants qui s’éteignent progressivement.
La vraie question est de savoir si on peut lutter contre.
Est-ce que les consommateurs se rendent compte que la GMS, même en bio, ne conduit pas vers le développement d’une agriculture de proximité éthique ?

Il semblerait que oui. Les grandes surfaces affichent un chiffre d’affaires du bio en baisse : -6,6 % au premier trimestre 2022, par rapport à 2021. Preuve que les français ne s’y trompent pas visiblement.
Malgré tout, c’est l’ensemble des circuits de distribution de la bio qui est dans la tourmente, car faute de confiance, le consommateur repart vers le conventionnel.
Certains consommateurs affirment privilégier dorénavant le local. Pourtant, si un producteur conventionnel est de proximité, cela n’enlève pas la dose de pesticides qu’il utilise, non ?
De nombreux producteurs de la bio affirment en parallèle que leurs ventes directes à la ferme ou en points relais sont à la baisse également. Les chiffres ne sont pas ceux de l’avant covid. 

Vers un label renforcé ?

En fait, ce qui est préoccupant, ce sont les tentatives de déstabilisation du label AB.
On ne joue pas avec le consommateur car c’est son geste d’achat qui fait loi. Les grands distributeurs de la bio ont trop joué et les dommages collatéraux directement sur les ventes à l’exploitation existent. La question d’un label AB renforcé est posée.

Le label AB européen doit laisser sa place à ces labels plus engageants comme Nature&Progrès ou Demeter. Certainement déjà rechercher par les consommateurs les plus lucides et convaincus. Malgré tout, il s’agit pour les consommateurs de bien identifier l’intérêt pour ces labels.
A l’heure où la conversion vers la bio a un bon rythme depuis quelques années, allons-nous pour la première fois vers un recul ? Les prochains mois nous le dirons.

Conclusion

Le bio est un marché en pleine expansion depuis quelques décennies. Les grandes enseignes ne s’y sont pas trompées. La guerre pour conquérir le marché du bio, c’est que nous avons vécu ces dernières années.

Une bataille féroce entre les détaillants pour un business plus rentable ne va pas dans le bon sens. Quelque part, nous avons perdu le consommateur au passage. Rien n’est totalement bio disent certains, d’autres affirment que c’est uniquement du business. Quelle erreur !

Entre le tout gratuit et le business avant tout, il y a certainement un point d’équilibre. Les grandes enseignes sous prétexte de bas coûts tirent la bio vers le bas.
Rendons la bio accessible au plus grand nombre avec moins d’intermédiaires. Relocalisons notre achat bio.

L’Etat a son rôle à jouer en accompagnant les agriculteurs qui s’engagent davantage vers la bio. Or, aujourd’hui, c’est l’inverse qui se passe. C’est à l’agriculteur de financer ces labels afin de prouver qu’il est plus vertueux. Paradoxal, non ?

Nous, consommateurs, allons chercher la bio directement chez le producteur.

Bio et grande distribution doivent rimer avec respect des valeurs, et non avec marketing.

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